Jonathan Villeneuve

Les chargeurs de potentiel

 

Maîtrisant les enjeux complexes de l’art public, Jonathan Villeneuve a développé au fil des années un usage marqué de la technologie, sans pour autant en faire l’axe central de sa réflexion. Il s’agit avant tout de mettre de l’avant un regard poétique, qui cible notamment le paradoxe de notre quotidien, à l’ère postindustrielle et numérique, de demeurer dépendant à l’usage de la mécanique. En ressortent des œuvres qui basculent entre une structure automate et une symbolique plus narrative. Cette contradiction volontaire est fréquemment dominée par l’idée du mouvement, de la référence organique suggérant une gestuelle, voire un personnage vivant.

 

Dans le cadre d’Aires Libres, l’artiste cible la question de l’autarcie en proposant une monumentale pelle mécanique à deux têtes, animée une fois par jour par l’énergie emmagasinée à travers des panneaux solaires intégrés à l’œuvre. La lumière diffusée ponctuellement à la tombée de la nuit génère un contraste palpable avec la structure industrielle qui, au premier abord, évoque l’univers pragmatique de la construction. Les chargeurs de potentiels échappe ainsi à la fonction qu’on pourrait initialement lui associer : elle contient sa logique propre, sans objectifs repérables. Parallèlement, notre dépendance aux ressources non renouvelables que suggèrent les pelles est confrontée à l’autonomie de l’énergie solaire. Ces diverses tensions révèlent une dimension nostalgique, celle de la recherche inassouvie d’un imaginaire poétique dans l’environnement mécanisé du quotidien, mais aussi celle de l’utopie d’une autarcie pensée comme une forme d’autonomie totale. Selon l’artiste, à une époque où les solutions écologiquement viables s’offrent à nous, il demeure illusoire de penser la survie de l’humain indépendamment de la collaboration globale. 

 

www.jonathan-villeneuve.com