À propos

AIRES LIBRES est une manifestation annuelle d’art public qui se déploie de mai à septembre sur le parcours piéton de la rue Sainte-Catherine, entre les rues Saint-Hubert et Papineau. L’édition 2016 met en commun différents questionnements sur le principe d’autarcie à l’ère contemporaine, autrement dit sur la possibilité de vivre de manière autosuffisante aujourd’hui. Les sept artistes de cette programmation abordent ces enjeux selon des stratégies conceptuellement diversifiées, mais non dénuées de liens communs. Le rapport de la nature à la culture, fréquemment évoqué, suggère le plus souvent une dimension introspective et ouverte. Le spectateur est appelé à délaisser les interprétations rigides pour naviguer à travers les indices visuels et conceptuels suggérés par chaque œuvre. Dans la mesure où il est question d’autarcie, cette emphase sur le jeu de libre association n’est pas sans évoquer l’idée même de liberté. Pourtant, si l’autarcie peut engager l’horizon d’un monde plus libre, où les individus ne seraient plus dépendants des ressources provenant d’entités externes, la difficulté d’y parvenir de manière socialement viable rappelle son potentiel dystopique.

 

Appliqué au monde de l’art et aux institutions privées et publiques qui en forment l’armature, le principe d’autarcie engage un autre registre de réflexions. L’artiste peut-il fonctionner indépendamment du marché de l’art ? À quel point le cadre de diffusion institutionnel décourage-t-il l’expérimentation radicale dans la production et la mise en espace des œuvres ? Sans que ces questions soient au cœur de cette exposition, la présence des oeuvres hors les murs, dans un contexte parallèle, voire marginal au circuit de diffusion local de l’art, permet de tisser des extensions aux questions initiales au sujet de l’autarcie entendu comme aptitude à subvenir à ses besoins par ses propres moyens. Il s’agit avant tout ici d’un exercice de pensée, autour de vastes enjeux qui depuis longtemps marquent l’histoire de l’art, mais qui nous semblent toujours aussi pertinents à rappeler, même au sein des projets les plus ponctuels. Toutefois, l’espace urbain est lui-même un espace de négociations, aux obstacles multiples. En ce sens, bien que cela libère du cadre parfois trop homogène des espaces de diffusion institutionnels, sortir des murs engage de nouvelles formes de contraintes (logistiques, législatives, climatiques), tout en rappelant la nécessité d’une approche collaborative qui met de l’avant un partage des ressources et de l’environnement.